L’avantage du leadership caché dans les carrières non linéaires

par | Jan 28, 2026 | All, Egalité des sexes, Les femmes dans des postes de direction, Les femmes dans l'entreprenariat

Par Helena Demuynck, catalyseur de transformation et créatrice du collectif Boundary Breakers

Au cours des trois dernières semaines, cette série a examiné différentes lignes de faille dans la manière dont l’autorité des dirigeants est construite et distribuée : confiance retardée malgré des compétences élevées, accélération sans reconception par la technologie, et fossé persistant entre l’égalité sur le papier et l’égalité dans la pratique.

Cette semaine, l’accent est mis sur quelque chose de plus personnel – et souvent jugé plus discrètement : la forme d’une carrière.

Le rapport du Forum économique mondial sur l’écart mondial entre les hommes et les femmes met en évidence une tendance qui a longtemps été considérée comme un désavantage pour les femmes dirigeantes. Par rapport aux hommes, les carrières des femmes sont plus susceptibles d’être non linéaires, marquées par des mouvements latéraux, des transitions sectorielles, des pauses et des retours. Ces parcours sont souvent décrits comme fragmentés, non ciblés ou risqués.

Mais cette interprétation mérite d’être reconsidérée.

Quand la linéarité se confond avec la force

L’idée d’une carrière linéaire est enracinée dans un moment historique particulier – un moment où le leadership a été conçu autour d’une disponibilité ininterrompue, d’une progression prévisible et d’une définition étroite de la réussite. Elle suppose un environnement stable, des hiérarchies claires et des vies qui peuvent être proprement séparées des responsabilités, des soins et du changement.

Ce modèle est de moins en moins adapté à la réalité.

Et pourtant, il continue de façonner la manière dont l’état de préparation et le potentiel sont évalués.

Les femmes qui ont changé de fonction, d’industrie ou de rythme sont souvent invitées à s’expliquer. On s’interroge sur leur envergure. Leurs choix sont passés au crible. Ce qui est présenté comme un « manque de concentration » est en fait une déviation par rapport à un modèle dépassé – et non un déficit de capacité.

Les données suggèrent que les femmes dirigeantes ne sont pas moins engagées. Elles affrontent la complexité plus tôt et plus directement.

La non-linéarité comme intelligence des systèmes

Une carrière non linéaire permet de construire quelque chose que la progression linéaire ne permet souvent pas : l’intelligence des systèmes.

Les dirigeants qui ont opéré dans différents contextes ont tendance à développer une meilleure reconnaissance des modèles, un jugement plus solide dans l’incertitude et une compréhension plus profonde de la manière dont les décisions se répercutent sur les organisations et les vies. Ils sont moins attachés à une identité unique et plus à l’aise dans les transitions.

Dans un monde marqué par la volatilité, ce n’est pas une faiblesse. C’est un atout stratégique.

Le rapport fait allusion à ce changement sans le nommer complètement. À mesure que les carrières s’allongent et que les industries se transforment, la capacité d’adaptation devient plus précieuse que la prévisibilité. Les dirigeants les mieux préparés à cet environnement sont ceux qui ont déjà appris à se réorienter sans se perdre.

Les parcours non linéaires des femmes, souvent façonnés par la nécessité plutôt que par le choix, ont discrètement formé exactement ces capacités.

Le coût caché de la défense d’un idéal linéaire

Ce qui n’est pas dit, c’est le prix à payer pour continuer à mesurer le potentiel de leadership à l’aune d’un idéal linéaire.

Lorsque la non-linéarité est pénalisée, les organisations perdent des dirigeants capables d’intégrer la complexité au lieu de la simplifier. Lorsque la cohérence est confondue avec la constance, la profondeur est négligée au profit de la familiarité.

Pour les femmes dirigeantes, cela se traduit souvent par une auto-édition : lisser les récits, minimiser les transitions ou présenter la résilience comme un sacrifice. Au fil du temps, cela érode l’autorité de l’intérieur.

La question n’est pas de savoir si les carrières non linéaires peuvent être justifiées. Il s’agit de savoir si les cadres de direction sont suffisamment mûrs pour reconnaître l’intelligence qu’ils produisent.

Préparer l’avenir

En 2026, la question n’est plus de savoir comment aider les femmes à s’intégrer dans les modèles de leadership existants. Il s’agit de savoir comment le leadership lui-même évolue – et qui est déjà équipé pour cette évolution.

Les carrières non linéaires ne sont pas un signe de manque de sérieux. Elles sont le signe d’une confrontation à la réalité.

Ils sont le reflet d’une vie vécue aux côtés des dirigeants, et non en dehors d’eux.

À une époque marquée par l’incertitude, c’est peut-être l’un des avantages les plus méconnus des femmes dirigeantes.

Réflexion Où vous a-t-on encouragé à expliquer votre parcours, au lieu de vous faire confiance grâce à lui ?


Perspectives d’avenir

Dans le dernier article de cette série, je me pencherai sur la dimension où les progrès se sont discrètement inversés : la santé, la durabilité et le coût du leadership lui-même – et je vous expliquerai pourquoi la parité hommes-femmes ne suffira pas à protéger les femmes dirigeantes de l’épuisement professionnel.

 

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