Ce qui sépare l’égalité de la réalité

par | Jan 19, 2026 | All, Egalité des sexes, Les femmes dans des postes de direction, Les femmes dans l'entreprenariat

Par Helena Demuynck, catalyseur de transformation et créatrice du collectif Boundary Breakers

Quand les règles existent mais que la réalité ne change pas

Dans le premier article de cette série, j’ai exploré le paradoxe de la confiance différée : comment les compétences et l’éducation des femmes ont augmenté, alors que l’accès à l’autorité n’a pas suivi le même rythme. Dans le deuxième article, je me suis penchée sur l’accélération et sur l’IA en tant que miroir qui révèle la manière dont le pouvoir est exercé plutôt que de le corriger.

Cette semaine, l’accent est mis sur une tension plus discrète mais plus importante : le fossé entre ce qui est écrit dans la loi et ce qui est vécu dans les organisations.

Le rapport du Forum économique mondial sur le fossé mondial entre les hommes et les femmes introduit l’idée d’un fossé de mise en œuvre. Dans de nombreux pays, l’égalité des sexes est officiellement inscrite dans la législation, les cadres politiques et les engagements stratégiques. Sur le papier, les règles sont en place. Et pourtant, les progrès continuent de stagner.

Il s’agit souvent d’un problème de mise en œuvre, de ressources ou de temps.

Mais cette explication ne va pas plus loin.

Pourquoi l’égalité stagne-t-elle même lorsque les cadres sont en place ?

Si les cadres juridiques suffisaient à eux seuls, les résultats seraient déjà différents. L’écart persistant suggère que quelque chose d’autre est en jeu – quelque chose de moins visible, mais de plus décisif.

La mise en œuvre n’échoue pas parce que les dirigeants ne sont pas conscients des objectifs d’égalité. Elle échoue lorsque ces objectifs restent abstraits, délégués ou traités comme secondaires par rapport à ce qui est perçu comme le « cœur de métier ».

Dans de nombreuses organisations, l’égalité entre les femmes et les hommes se traduit par des politiques, des rapports et des initiatives, alors que les décisions quotidiennes continuent d’être façonnées par des habitudes de pouvoir héritées du passé.

Celui à qui l’on confie la discrétion. Dont la voix a du poids dans les moments d’incertitude. Qui est considéré comme prêt à décider plutôt qu’à conseiller.

Il ne s’agit pas de questions politiques. Ce sont des questions de leadership.

L’égalité ne peut être mise en œuvre à distance. Elle exige des dirigeants qu’ils soient prêts à examiner non seulement les structures, mais aussi leur propre rapport à l’autorité, au risque et au contrôle.

Défense des intérêts sans autorisation

L’une des tendances les plus persistantes que le rapport révèle indirectement est le fait que les femmes sont souvent considérées comme des défenseurs de l’égalité plutôt que comme des détentrices du pouvoir au sein de celle-ci.

On demande aux femmes de défendre l’inclusion, d’encadrer les autres et de contribuer au changement culturel – souvent sans l’autorité correspondante pour modifier les structures de prise de décision. La défense des intérêts devient une forme de travail invisible, qui s’ajoute aux responsabilités existantes, alors que l’autorisation reste ailleurs.

Cela crée une dynamique subtile mais préjudiciable.

Lorsque l’égalité est traitée comme une cause à promouvoir plutôt que comme une condition à gouverner, elle reste vulnérable aux priorités concurrentes. Les progrès deviennent facultatifs et dépendent de la bonne volonté plutôt que de la responsabilité.

Ce n’est pas l’intention qui manque, mais le parrainage.

Une véritable mise en œuvre exige des dirigeants – de tous les sexes – qui sont prêts à placer l’égalité au cœur de la logique de la prise de décision, de l’allocation des ressources et de la répartition du pouvoir. Sans cela, même les cadres les plus solides restent performatifs.

Le leadership en tant que pratique incarnée

L’écart de mise en œuvre révèle en fin de compte une question plus profonde sur le leadership lui-même.

Le leadership ne s’exprime pas seulement par la stratégie ou la politique. Il s’incarne dans le comportement : dans ce qui est toléré, ce qui est récompensé et ce qui est discrètement ignoré. Il se manifeste dans les moments d’ambiguïté, où les règles sont interprétées et les priorités négociées.

C’est là que de nombreux efforts en matière d’égalité échouent.

L’intégration de l’égalité exige des dirigeants qu’ils soient prêts à se mettre mal à l’aise, à remettre en question les normes habituelles et à assumer la responsabilité des résultats plutôt que des intentions. Il faut passer d’un engagement symbolique à une responsabilité vécue.

À l’aube de 2026, cette distinction devient de plus en plus importante. L’avenir du leadership ne sera pas façonné par des cadres toujours plus sophistiqués, mais par la volonté des dirigeants d’aligner leur autorité sur les valeurs qu’ils affirment.

L’égalité n’échoue pas par manque de langage. Elle échoue lorsque les dirigeants ne sont pas examinés.

Réflexion Dans quel domaine de votre leadership vous demande-t-on de défendre une cause – plutôt que d’être autorisé à décider ?


Perspectives d’avenir

La semaine prochaine, je me pencherai sur une autre tendance révélée par les données : les carrières non linéaires des femmes. Souvent considérées comme un handicap, ces carrières peuvent en fait constituer l’un des avantages les plus méconnus en matière de leadership dans un monde défini par la complexité et le changement.

 

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