Au-delà des promesses : Transformer la réforme en emplois et en croissance au Népal et pour les femmes népalaises

par | Avr 2, 2026 | All, Contribution de la femme dans la numérisation, Egalité des sexes, Les femmes dans des postes de direction, Les femmes dans l'entreprenariat

Par Balkrishna Silwal Sharma

avril 2026

Le Népal se trouve à un moment décisif. La formation d’un gouvernement réformateur a suscité des attentes à la fois urgentes et justifiées. Les citoyens ne se satisfont plus de changements progressifs ; ils veulent des améliorations visibles en matière d’emploi, de revenus et de vie quotidienne. Le véritable test pour le gouvernement n’est pas de savoir s’il peut annoncer des réformes, mais s’il peut les traduire en une croissance économique que les gens peuvent ressentir.

Au cœur de ce défi se trouve un décalage structurel. Le Népal a élargi l’accès à l’éducation au fil des ans, mais cette expansion ne s’est pas traduite en termes d’emploi ou de productivité. Les enfants vont à l’école, mais beaucoup ne terminent pas leurs études, et même ceux qui les terminent ont souvent du mal à trouver un travail intéressant. L’écart entre l’apprentissage et la rémunération reste important. Il ne s’agit pas seulement d’un problème d’éducation, mais d’une contrainte économique.

Dans le même temps, la croissance du pays n’a pas été inclusive. Les femmes, qui représentent la moitié de la population, restent largement exclues des secteurs productifs. Même lorsqu’elles travaillent, elles sont concentrées dans des activités informelles, à faible revenu, avec peu de sécurité ou de possibilités d’avancement. Leur contribution est encore plus limitée par le lourd fardeau des soins non rémunérés, qui restreint leur temps, leur mobilité et leur participation au marché du travail. Ce double échec – celui de l’éducation à générer des compétences et celui de la croissance à inclure les femmes – définit la stagnation économique du Népal.

Ce qui rend le moment présent différent, c’est l’émergence d’un programme de réforme complet reflété dans les 100 points d’action du gouvernement nouvellement formé. Si ces actions peuvent sembler administratives ou sectorielles à première vue, elles représentent, prises dans leur ensemble, une stratégie économique cohérente. Leur logique sous-jacente est claire : la croissance économique ne viendra pas d’interventions isolées, mais d’une réforme systémique qui améliore la gouvernance, réduit les frictions et libère la productivité dans tous les secteurs.

Une grande partie des points d’action se concentre sur la réforme de la gouvernance, et ce à juste titre. La croissance économique commence par un État compétent. La réduction du nombre de ministères, la simplification de la prestation de services, l’imposition de délais aux processus et la création d’une unité de prestation de services du Premier ministre ne sont pas de simples ajustements administratifs ; ce sont des réformes économiques. Lorsque les citoyens et les entreprises peuvent accéder aux services de manière rapide et prévisible, les coûts de transaction diminuent, l’efficacité augmente et l’activité économique se développe. De même, l’amélioration des systèmes de passation des marchés, le respect de l’obligation de rendre compte et le renforcement des mécanismes de lutte contre la corruption influencent directement la confiance des investisseurs. Dans une économie où les retards et l’opacité ont longtemps découragé les investissements, ces mesures peuvent avoir des effets immédiats sur la croissance.

L’accent mis sur la gouvernance numérique renforce encore cette orientation. La mise en ligne de services, l’introduction de signatures numériques, la création de plateformes unifiées et l’adoption du principe « une seule donnée » ne sont pas seulement des mises à jour technologiques ; ce sont des facteurs d’amélioration de la productivité. Un État entièrement numérique réduit la corruption, raccourcit les délais de traitement et diminue les coûts pour les entreprises et les citoyens. Il jette également les bases d’une économie numérique moderne, où l’innovation et l’esprit d’entreprise peuvent s’épanouir. En donnant la priorité à l’infrastructure informatique, aux cadres juridiques et aux systèmes intégrés, le programme de réforme reconnaît que la transformation numérique est essentielle à la compétitivité économique.

Il est tout aussi important de mettre l’accent sur l’amélioration du climat d’investissement et le développement du secteur privé. La croissance économique au Népal ne sera pas le seul fait de l’État ; elle dépendra de la vitalité du secteur privé. La simplification proposée des procédures d’investissement, la mise en place d’un système de porte unique, la facilitation des processus de démarrage et l’expansion du crédit aux PME s’attaquent directement aux obstacles qui entravent depuis longtemps l’activité des entreprises. Combinées aux efforts visant à garantir la sécurité des entreprises, à supprimer les goulets d’étranglement dans les transports et à créer un environnement d’investissement transparent, ces mesures peuvent accélérer de manière significative l’investissement privé et la création d’emplois. L’intégration des institutions d’investissement et l’introduction de modèles de projets clairs signalent en outre une évolution vers un cadre économique plus coordonné et plus prévisible.

Cependant, la croissance ne peut être soutenue sans s’attaquer au marché du travail, et ici les points d’action s’alignent étroitement sur la nécessité de combler le fossé entre l’éducation et l’emploi. La création de centres pour l’emploi et les compétences, la dépolitisation de l’éducation et l’amélioration des systèmes d’examen sont autant de mesures visant à rendre l’éducation plus axée sur les résultats. Cependant, la véritable transformation viendra de l’alignement des compétences sur la demande du marché, du développement de l’enseignement technique et professionnel et de la création de passerelles entre l’école et le travail. Sans cet alignement, le Népal continuera à produire des diplômés sans débouchés, perpétuant ainsi le chômage et la migration.

L’agenda reconnaît aussi implicitement que la participation économique des femmes n’est pas un ajout social mais un moteur de croissance essentiel. Les mesures relatives au financement des PME, à l’alignement de la RSE, à la sécurité des entreprises et au développement des compétences peuvent bénéficier de manière significative aux femmes si elles sont mises en œuvre de manière inclusive. Toutefois, le succès de ces mesures dépendra de leur capacité à lever les obstacles structurels tels que l’accès au financement, la propriété des actifs et la charge des soins non rémunérés. La croissance économique qui exclut les femmes restera limitée ; la croissance qui les inclut se multipliera.

Les infrastructures et les réformes sectorielles constituent un autre pilier essentiel. L’achèvement en temps voulu des projets routiers, l’amélioration des systèmes énergétiques, l’intégration de la gestion de l’eau et la promotion du tourisme sont autant d’éléments essentiels à l’augmentation de la productivité et à la création d’emplois. La réforme de l’agriculture, en particulier, reste vitale dans un pays où une grande partie de la population en dépend pour sa subsistance. En se concentrant sur ces secteurs, les points d’action visent à renforcer l’économie réelle plutôt que de s’appuyer uniquement sur les envois de fonds.

Les réformes des finances et des recettes complètent cette approche. L’amélioration du système fiscal, l’application de la facturation électronique, la réforme des douanes et l’intégration des fonds sont des mesures qui peuvent renforcer la mobilisation des recettes tout en réduisant les fuites. Une base fiscale plus solide permet d’accroître l’investissement public, qui à son tour soutient la croissance. Dans le même temps, ces réformes peuvent améliorer l’équité et la transparence, en encourageant le respect des règles et en élargissant l’assiette fiscale.

L’inclusion de mesures liées à la gestion des terres, au développement urbain et à l’utilisation des actifs inutilisés met en lumière une autre dimension souvent négligée de la croissance économique. La terre est l’une des ressources les plus sous-utilisées du Népal. En s’attaquant à des problèmes tels que les établissements informels, en protégeant les terres publiques et en introduisant des cadres de développement urbain, le gouvernement peut débloquer une valeur économique significative. De même, la résolution des problèmes liés à l’épargne coopérative et la garantie de la stabilité sociale sont essentielles pour maintenir la confiance du public et la confiance financière.

Ce qui ressort de cet agenda complet, c’est une compréhension claire du fait que la croissance économique n’est pas le résultat d’une politique ou d’un secteur unique, mais d’un système qui fonctionne de manière efficace, inclusive et prévisible. Les 100 points d’action visent collectivement à construire un tel système. Ils réduisent les frictions dans la gouvernance, favorisent l’activité du secteur privé, alignent l’éducation sur l’emploi et promeuvent l’inclusion, autant d’éléments essentiels à une croissance soutenue.

Le défi réside toutefois dans la mise en œuvre. Le Népal ne manque pas de politiques ou de plans ; ce qui lui fait défaut, c’est l’exécution. Le succès de ce programme dépendra de l’établissement de priorités, de la coordination et de la responsabilité. Le gouvernement doit se concentrer sur l’obtention de résultats rapides dans les domaines qui ont un impact direct sur les citoyens et les entreprises, tout en maintenant l’élan des réformes structurelles plus profondes.

En fin de compte, la question n’est pas de savoir si le gouvernement a les bonnes idées, mais s’il peut les mettre en œuvre rapidement et à grande échelle. S’il réussit, le Népal pourra passer d’un cycle de faible productivité et de forte migration à un cycle de croissance inclusive et d’opportunités. S’il échoue, ce moment de promesse politique s’évanouira en une nouvelle occasion manquée. La voie est tracée. Les outils sont en place. Il ne reste plus que la volonté d’agir et de tenir ses promesses.

Biographie de l’auteur : Balkrishna Silwal Sharma est un consultant en développement international avec plus de 20 ans d’expérience en matière d’égalité des sexes, de gouvernance et de développement inclusif en Asie et en Afrique, travaillant avec des organisations telles que l’UE, l’ONU, la BAD et l’USAID.

 

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